accueilLa Tourista
© Nicolas Gaillard 2009
> < Comme toutes personnes vivant aux marges d’une zone touristique, j’éprouve un sentiment profondément ambigu quant à ce phénomène. Ma première expérience remonte à la fin des années 90. J’habitais alors la butte Montmartre, à quelques décamètres de la rue des Abbesses. Toutes les fins d’après midi, comme tous les habitants du quartier, j’assistais, parfois amusé, souvent médusé, au flux et au reflux, de ces visiteurs d’un soir. Hordes sauvages ou joyeux fêtards, ce flot ininterrompu m’a souvent fait l’effet d’une armée d’occupation. Les cafés, si calmes et chaleureux le matin, devenaient, au fil des heures, des décors de carton pâte pour gogos en quête d’authenticité (on ne dénoncera jamais assez le mal qu’à fait Amélie Poulain à ce vénérable quartier). Si j’ai quitté la butte avec tristesse, je ne l’ai depuis jamais regrettée. Depuis trois ans, j’ai retrouvé contreforts et touristes. Les Monts Dore et leurs téléphériques ont remplacé avantageusement Montmartre et son funiculaire. Si la population touristique n’est pas la même, le rituel est, quant à lui, identique. Chaque année, à la même date, on les voit débarquer avec leurs pneus trop lisses, leurs vêtements Quechua et leurs descendances qui découvrent avec pleurs et stupeur le froid, le vent et le grésil auvergnat. J’ai trop souvent fait partie des leur pour leur jeter la première pierre. Il me faut cependant avouer que la fréquentation régulière et répétée des camping-cars, des randonneurs en sandales et des free-rider-de-l’extrême tendent parfois à pervertir l’idée que je peux me faire de l’humanité. Mea maxima culpa.