> Accueil <© Nicolas Gaillard 2010
Il est des villes qu’on fréquente et qu’on ne photographie pas ou peu. Cette absence ne vient généralement ni d’un désamour ni d’un manque d’intérêt. Bien au contraire, elle est souvent le produit d’une trop grande familiarité qui, peu à peu, s’est transformée en banalité. Bien que son histoire et sa géographie ne soient pas les miennes, la ville de Troyes fait partie de ces lieux que je connais depuis tout le temps. Je n’y ai pas vécu, je n’y ai pas d’ami et pourtant, bon an mal an, je m’y rends deux, trois, quatre, cinq fois. Il y a quelques années, lorsque la Bourgogne était mon biotope, Troyes alla même jusqu’à représenter l’archétype du monde urbain. Quand le bovidé, la chlorophylle et les pesticides ne suffisaient plus à mon bonheur, je m’y précipitais. Elle était cette oasis carbonée et dyoxidée où l’on pouvait trouver anonymat et culture. Et pourtant, en dépit de ces visites répétées, je n’ai que peu photographié cette ville. Pourquoi ? Peut-être par manque de temps ou par manque d’envie. Plus certainement parce que mes visites étaient (et sont toujours) trop souvent intéressées. J'ai toujours préfèré fréquenter ses librairies (quiconqe aime les librairies et visite Troyes se doit de se rendre aux Passeurs De Texte, 5 rue Emile Zola), ses cafés, voire ses magasins d’usine que de m’y perdre dans l’espoir d’y faire une bonne photo. En fin de compte, cette absence d’image montre que cette ville a encore, pour moi, une certaine actualité ; si elle n’est toujours pas un lieu de vie, elle n’est pas encore un lieu de villégiature.
Un, Deux, Troyes