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© Nicolas Gaillard 2010
Dans mon imaginaire photographique, la photo de rue occupe une place archétypale. Elle symbolise à la fois l’ambition (le témoignage) et la rigueur (le cadrage) de ce que pourrait être un art photographique. Que l’on me comprenne bien, le fait que j’éprouve une certaine fascination pour la photo de rue ne signifie nullement que j’ai un quelconque talent pour cet exercice. Bien au contraire. Ceci étant dit, régulièrement, l’envie me prend de m’y essayer. L’appareil à la main, je pars « à l’aventure » et j’arpente rues et boulevards chaque fois persuadé que cette fois-ci sera la bonne et que je ramènerai enfin le cliché qui fera de moi, non pas l’égal, n’exagérons pas, mais un héritier honorable des grands noms de cette école photographique. Il me faut l’avouer, ces séances furent toujours des échecs. J’ai pourtant tout essayé : la promenade nonchalante, l’affût, le trucage… rien n’y a fait, les clichés ramenés de ces immersions urbaines, même convertis en noir et blanc, demeurent d’une fadeur et d’une banalité affligeante. En septembre 2008, devant me rendre régulièrement à Issoire dans le but d’édifier musicalement une partie de la famille, l’envie de la photo de rue me reprit. Tous les 15 jours, de 17h à 18h, j’ai donc arpenté le centre ville de cette charmante sous-préfecture dans l’espoir, toujours déçu, de trouver la scène qui ferait de moi « le-témoin-humaniste-de-mon-époque ». Bien que fougueux et plein d’espoir, j’avais cependant omis un point important qui allait fortement compromettre cette quête du Graal. Issoire, en dépit de tous ses charmes, n’est ni Paris ni New York. A 17 heures, le vendredi, l’issoirien se fait rare et, a l’instar de sœur Anne, je ne vis pas grand monde venir. Pour exister, la photo de rue stipule qu’il y ait quelques individus à photographier. Sans présence humaine, un photographe ne fait pas de la photo de rue, il se contente de photographier les rues ; ce qui, vous l’avouerez, n’est pas tout a fait la même chose. Confronté à cette tragique absence et ayant toujours une heure de mon temps à photographier, je me suis mis à mettre en boite les rues puis les maisons puis des parties de maisons. Au fil de ces errances hebdomadaires et des clichés qui les ont parsemées, j’ai peu à peu reconstitué une rue imaginaire. Les clichés proposées ce mois-ci illustrent cette rue inconnue que tout habitant d’Issoire reconnaîtra, du moins je l’espère.