accueilTendance flou
© Nicolas Gaillard 2009
> < Le flou photographique m’a toujours semblé être une grande escroquerie, une façon facile d’inscrire son travail dans une pseudo-modernité. Certes, Sarah Moon a fait de fort jolies choses, mais en dépit de quelques clichés exceptionnels, ce qui caractérise généralement les images qui s’inscrivent dans cette mouvance est la facilité. Une image banale, un cadrage approximatif, par la magie de la tremblotte de l’opérateur le flou, par les effets graphique qu’il induit, peut tout sauver et faire des clichés les plus médiocres des témoignages subtils d’une avant-garde photographique. Après lecture, il y a quelques mois, d’un dossier consacré à « cet art de la netteté limite », je me pris au jeu. Quitte à faire des photos floues, autant aller jusqu’au bout du concept et abandonner toutes prétentions narratives ou descriptives. Dorénavant, ce qui m’intéressa était moins le sujet photographique que les taches de couleur qu’il portait potentiellement en lui. Rapidement, je me suis rendu compte que les objets les plus intéressants étaient le carrelage de ma cuisine et les jouets de mes filles. Je me suis donc mis à photographier des ballons et du carrelage. Les taches colorées se sont succédées aux taches colorées. Les images qui sont ici présentées sont donc le résultat de cette recherche esthétique fondamentalement présémiotique. Gestalt moderne par excellence, ces photos se veulent une réincarnation numérique de l’abstraction telle qu’elle fut pensée par Sonia Delaunay ou Nicolas de Staël. Mais alors que ces peintres étaient encore tributaires de la matière (la toile, la peinture, les brosses…), la photographie numérique, de par la désincarnation et la dématérialisation des images quasi-ontologique qu’elle produit, permet d’aller jusqu’au bout de l’abstraction. Alors que le peintre mettait en scène une abstraction, le photographe numérique la fait jaillir de l’objet concret. Allez… j’déconne… ce ne sont que des photos floues… youkaïdi… youkaïda…